– Excellent, en effet, la gymnastique!


– Excellent, oui, mais voilà! Mes modestes ressources ne me permettant pas de me livrer exclusivement à ce sport, j’eus l’ingénieuse idée d’en vivre en l’enseignant… et je m’établis professeur de gymnastique.


– Ce n’est pas là une sotte combinaison, mais avez-vous réussi au moins?


– À Paris, non, trop de concurrence. Alors je suis venu ici, à Montpaillard.


– Est-ce que votre aspect, un peu… chétif, ne vous fait pas de tort auprès de votre clientèle?


– Pourquoi cela, monsieur le baron? Aucunement. Il n’est pas nécessaire pour être un bon professeur de gymnastique d’être personnellement un athlète, de même qu’on peut enseigner admirablement la comptabilité, sans être pour cela un grand négociant.


– Votre raisonnement est des plus justes, mon cher Fléchard.


– D’ailleurs, afin d’éviter le surmenage, le terrible surmenage, je recrute principalement mes élèves parmi les dames et les demoiselles. Quelques-unes sont devenues très fortes et même plus fortes que moi, ce qui, entre nous, ne constitue pas un record imbattable. Ainsi Mlle Arabella… Avez-vous vu Mlle Arabella au trapèze?


– Je l’ai aperçue, mais sans y prêter une grande attention.


– Vous avez eu tort, monsieur le baron. Mlle Arabella au trapèze, c’est l’incarnation de la Force et de la Grâce.


– Vous faites bien de me prévenir. La prochaine fois, je regarderai.


– Le spectacle en vaut la peine.


Et Fléchard répéta avec une sorte d’exaltation:


– Oui, monsieur le baron, l’incarnation de la Force et de la Grâce.


– Oh! Fléchard! sourit le baron. Quelle chaleur! Seriez-vous amoureux de votre élève, comme dans les romans?



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