Le membre le plus intéressant de la famille est, sans contredit, cette Arabella de Chaville dont il fut question plus haut et cousine germaine de M, de Chaville.


Puisque le fidèle mais discourtois serviteur Placide a dévoilé l’âge de cette personne, nous n’avons aucune raison de le celer:


Arabella se trouve, en effet, à la tête d’une belle pièce de trente ans copieusement sonnés.


Les paraît-elle? Jules Fléchard le nie non sans vivacité.


Contredire un si brave garçon serait criminel; concluons galamment: si Mlle Arabella de Chaville paraît vingt-huit ans, c’est tout le bout du monde.


Mettons même vingt-huit printemps pour faire plaisir à Jules.


En dépit de son âge un peu avancé (pour une jeune fille), Arabella détient un cœur qui n’a pas su vieillir un cœur ardent qui s’ennuie de battre par les temps de platitude et de morne prose que nous traversons.


Riche, bien née, pas plus laide qu’une autre, Arabella ne s’est jamais mariée, parce que, tout enfant, elle s’était juré à elle-même de n’appartenir qu’à un homme qui se serait sacrifié pour elle, un homme qui aurait bravé mille dangers, mille morts, un de ces hommes comme on n’en voit plus guère, hélas! depuis la fermeture des croisades.


Le cas ne se présenta jamais; Arabella tint son serment et demeura demoiselle. Quand je dis que le cas ne s’est jamais présenté, je me hâte un peu trop, comme la suite de ce récit ne va pas tarder à vous l’apprendre. (Je ne devrais peut-être pas vous le dire maintenant, mais, tant pis, c’est plus fort que mai. Sachez donc qu’Arabella se mariera vers la fin de ce roman et qu’elle sera très heureuse.).



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