
Elle inscrivit une série de notes sur une portée.
– Si tu t'en fous, des loups, reprit-elle, pourquoi tu veux descendre?
Lawrence marchait dans la petite pièce sombre, dont ils avaient abaissé les volets de bois. Les mains dans le dos, il allait d'un angle à un autre, écrasant sous son poids quelques tomettes chancelantes, frôlant de ses cheveux la poutre maîtresse. Ces baraques du Sud n'avaient pas été conçues pour des Canadiens de ce format. De la main gauche, Camille cherchait un rythme sur son clavier.
– Savoir lequel c'est, dit Lawrence. Quel loup.
Camille abandonna le clavier, se tourna vers lui.
– Lequel c'est? Tu penses comme eux? Qu'il n'y en a qu'un seul?
– Chassent souvent seuls. Faudrait voir les blessures.
– Où sont les moutons?
– A la chambre froide, le boucher les a récupérés.
– Il va les vendre?
Lawrence secoua la tête en souriant.
– Non. «On mange pas les bêtes mortes», il a dit. C'est pour l'expertise.
Camille réfléchit, un doigt sur les lèvres. Elle ne s'était pas encore posé la question de l'identification de l'animal. Elle ne croyait pas à la rumeur d'une bête monstrueuse. C'était des loups, voilà tout. Mais pour Lawrence, bien sûr, ces attaques pouvaient avoir un visage, une gueule, un nom.
– Lequel est-ce? Tu le sais?
Lawrence haussa ses lourdes épaules, écarta les mains.
– Les blessures, répéta-t-il.
– Ça dira quoi?
– Taille. Sexe. Avec beaucoup de chance.
– Tu penses auquel?
Lawrence se passa les mains sur le visage.
– Au grand Sibellius, lâcha-t-il entre ses dents, comme s'il commettait le péché de délation. S'est fait piquer son territoire. Par Marcus, un jeune crâneur. Doit être mauvais. Pas vu le gars depuis des semaines. Et c'est un dur, Sibellius, un vrai dur. God. Tough guy. A pu se tailler un nouveau territoire.
