
Il traînait enfin pour Camille.
Ici, ils disaient «s'incruster».
«C'est pas un reproche, lui avait dit Jean Mercier avec une certaine gravité, mais mieux vaut que tu le saches: tu t'incrustes.» «Eh bien maintenant, je le sais», avait répondu Lawrence.
Lawrence arrêta la caméra, la posa délicatement sur son sac, la couvrit d'une toile blanche. Le jeune Marcus venait de disparaître vers le nord.
– Parti chasser avant la grande chaleur, commenta Jean. Lawrence s'aspergea le visage, mouilla sa casquette, but une dizaine de gorgées. Bon Dieu, ce soleil. Jamais connu un enfer pareil,
– Trois louveteaux au moins, murmura Jean.
– Je cuis, dit Lawrence avec une grimace, en passant la main sur son dos.
– Attends. T'as pas tout vu.
II
Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg versa les pâtes dans la passoire, égoutta distraitement, fit passer le tout dans son assiette, fromage, tomate, ça irait comme ça pour ce soir. Il était rentré tard, suite à l'interrogatoire d'un jeune crétin qui s'était éternisé jusqu'à onze heures. Car Adamsberg était lent, il n'aimait pas brusquer les choses et les gens, tout crétins fussent-ils. Et avant toute chose, il n'aimait pas se brusquer lui-même. La télévision était allumée en sourdine, guerres, guerres et guerres. Il fouilla avec fracas dans le désordre du tiroir à couverts, trouva une fourchette, et se planta debout devant le poste.
… loups du Mercantour passent une fois de plus à l'attaque dans un canton des Alpes-Maritimes jusqu'ici épargné. On évoque cette fois une bête d'une taille exceptionnelle. Réalité ou légende? Sur place…
Tout doucement, Adamsberg se rapprocha du poste, l'assiette à la main, sur la pointe des pieds, comme pour ne pas effaroucher le commentateur. Un geste de trop et ce type s'enfuirait de la télé, sans finir la formidable histoire de loups qu'il venait de commencer.
