– Avez-vous pu découvrir le motif de cette fugue?


– Oui, Éminence! Sa Majesté est sur le point de devenir mère.


La foudre fût tombée aux pieds du cardinal qu’elle n’eût sans doute pas produit sur lui un effet aussi impressionnant.


D’un bond, il se leva et, les mains crispées sur les bras de son fauteuil, il s’exclama:


– Que me dites-vous là?


– La vérité, Éminence.


Richelieu, qui devait avoir de bonnes raisons pour ne point mettre en doute la parole de son interlocuteur, reprit, comme s’il se parlait à lui-même:


– Il me paraît invraisemblable que depuis si longtemps la reine ait pu dissimuler sa grossesse aux yeux de tous… Je sais bien que, depuis quelque temps, elle se plaignait d’être malade et qu’elle évitait de paraître à toutes les réceptions de la Cour…


» Enfin, monsieur Durbec, continuez votre surveillance, tenez-moi au courant de tout ce qui se passera, tâchez de connaître les intentions de la reine au sujet de cet enfant mystérieux, et faites en sorte de savoir, dès qu’il sera venu au monde, à qui on l’aura confié et à quel endroit on l’aura conduit.


» Je n’ajouterai qu’un mot: vous êtes dépositaire, monsieur de Durbec, d’un des plus graves secrets qui aient jamais existé. Votre tête répond de votre silence.


– Votre Éminence peut compter entièrement sur moi. D’ailleurs, elle m’a mis assez souvent à l’épreuve pour qu’elle soit tranquille à ce sujet.


Richelieu regarda son émissaire s’éloigner et, lourdement, comme accablé, se laissa retomber sur son fauteuil.


De qui peut bien être cet enfant se demandait-il. Pour que la reine s’en aille accoucher aussi clandestinement, avec la complicité certaine de son amie la duchesse de Chevreuse, il faut qu’il lui soit impossible de faire accepter au roi la paternité de ce rejeton qui ne peut donc être que le fruit d’un adultère. Cherchons quel peut bien en être le père.



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