
Le lendemain de sa première rencontre avec Elena, il retourna à la villa Altieri, pour aller chercher lui-même les nouvelles qu’on lui avait permis de demander. La pensée qu’il allait revoir la jeune fille l’agitait d’une impatience à la fois joyeuse et craintive; et comme ce trouble fiévreux augmentait à mesure qu’il approchait de la bienheureuse demeure, il fut obligé de s’arrêter à la porte du jardin pour reprendre haleine et pour composer son maintien. Il fut introduit dans un petit salon de compagnie, où il trouva la signora Bianchi – c’était la vieille dame – toute seule, occupée à dévider de la soie; mais une chaise, devant laquelle était un métier à broder, témoignait qu’Elena venait de quitter la pièce. La signora le reçut avec une politesse réservée. Il espérait toujours que la jeune fille allait reparaître et tâchait de prolonger sa visite; mais enfin, tous les sujets de conversation étant épuisés, il fut forcé de prendre congé de la vieille dame.
Son abattement était extrême. Il employa la journée du lendemain à se procurer quelques informations sur la famille d’Elena. On lui dit qu’elle était orpheline, que sa naissance était médiocre, sa fortune fort déchue, et qu’elle dépendait, pour vivre, de la vieille tante avec qui elle demeurait. Sous ce rapport, les renseignements n’étaient pas exacts; car c’était elle au contraire dont le travail faisait subsister la bonne dame qui n’avait pour tout bien que la retraite où elles vivaient; et la jeune fille passait des journées entières sur des ouvrages de broderie que les religieuses d’un couvent voisin vendaient fort cher aux dames de Naples. Ainsi Vivaldi ne se doutait guère qu’une magnifique robe de sa mère était l’œuvre des doigts d’Elena, de même que plusieurs copies de peintures antiques qui ornaient un cabinet du palais Vivaldi. Ces circonstances du reste, s’il les eût connues, n’auraient servi qu’à enflammer encore sa passion.
