Elena savait endurer la pauvreté, mais non le mépris, et c’était pour écarter d’elle ce triste effet des préjugés vulgaires qu’elle cachait soigneusement l’usage, pourtant si honorable, qu’elle faisait de ses talents. Son courage n’était pas encore à l’épreuve du sourire humiliant de la compassion, et ses idées n’étaient pas assez mûres pour la mettre au-dessus du dédain, en lui faisant trouver une véritable gloire dans la dignité de lu vertu qui se suffit à elle-même. Unique soutien de la vieillesse de sa tante, elle la soulageait dans ses infirmités et la consolait dans ses souffrances, avec une tendresse toute filiale; car elle n’avait jamais connu sa mère qu’elle avait perdue étant enfant; et la signora Bianchi lui en avait tenu lieu. C’est ainsi que cette pure et innocente enfant vivait heureuse dans sa retraite, et dans l’accomplissement de ses pieux devoirs, lorsqu’elle rencontra pour la première fois Vincenzo de Vivaldi. Ce n’était pas une de ces figures qu’on peut voir sans les remarquer. Elena avait été frappée de la vivacité de sa physionomie et de la dignité de son maintien; mais elle se défendait déjà d’un sentiment plus tendre que l’admiration et s’efforçait d’écarter de son esprit l’image du jeune homme, en se livrant à ses occupations ordinaires pour recouvrer sa tranquillité un peu troublée.


Cependant Vivaldi désolé de n’avoir pu parvenir à revoir Elena résolut de retourner de nouveau à la villa Altieri dès que la nuit serait tombée. Ce soir-là même, la marquise avait chez elle une grande réunion. Quelques soupçons, provoqués par l’impatience trop visible de son fils, la portèrent à le retenir fort longtemps, en l’engageant à choisir de la musique pour son orchestre et à présider à l’exécution d’un nouvel opéra dont elle protégeait l’auteur. Dès qu’il crut enfin pouvoir s’échapper sans être observé, Vivaldi quitta cette société importune et, bien enveloppé de son manteau, il s’achemina à grands pas vers la villa Altieri, située à une petite distance de la ville.



8 из 234