Rassuré, Malko s’offrit deux bouteilles de vodka et une livre de caviar. Puis, il s’assoupit à moitié dans un fauteuil dur comme du bois jusqu’à ce qu’une hôtesse annonçât le départ des Scandinavian Airlines.

En dépit de l’heure tardive, une galerie de badauds regardait curieusement les Occidentaux, derrière la barrière fermant l’aéroport. Des têtes incroyables avec des casquettes à la Zola et d’impressionnantes moustaches de cosaques.

Le DC-8 de la Scandinavian longea les rangées d’Iliouchynes peints en bleu avant de prendre la piste. En face d’eux, c’était l’Himalaya et de l’autre côté l’Asie. À peine l’avion eut-il décollé que la plupart des passagers se rendormirent. Sauf Malko. En dépit du confort de son fauteuil il n’arrivait pas à trouver le repos. Il se pencha au hublot mais on ne voyait plus que les étoiles et une grande tache noire au-dessous du DC-8. Maintenant, il survolait l’Afghanistan. Dans six heures, Malko serait à Bangkok, en Thaïlande. À Bangkok, où son vieil ami, Jim Stanford avait disparu. David Wise avait pratiquement jeté Malko par la peau du cou dans l’avion de la Scandinavian, lui donnant même une voiture de service pour atteindre Kennedy Airport. Luxe incroyable, car la C.I.A. dépensait facilement un demi-million de dollars pour s’acheter des gadgets perfectionnés, mais avoir une voiture avec chauffeur si on n’appartenait pas à l’échelon A…

Brusquement, il fut pris d’une étrange angoisse. Ce n’était pas une affaire comme les autres qui l’amenait à Bangkok. Il y avait quelque chose d’horrible et de déroutant qui dépassait le cadre des histoires du service. Il revoyait David Wise dans son bureau monacal, éclairé seulement d’un petit projecteur, encastré dans le plafond qui projetait son faisceau dans les yeux des visiteurs, lui expliquant l’histoire. Il était situé au dix-septième étage et le vent glacé du blizzard qui soufflait à cent vingt à l’heure faisait trembler les épaisses glaces. Sinistre.



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