
La moitié de la terre d’une seule traite ! En plus, à New York, le blizzard soufflait comme au Grœnland et il devait faire autour de trente-cinq degrés à Bangkok.
C’est David Wise, patron de la Division des plans à la C.I.A., qui avait découvert le nouveau vol des Scandinavian Airlines : New York-Bangkok direct via Tachkent et Copenhague, en survolant toute la Russie, le Transasian Express. À côté de l’ancienne route par le sud, avec les interminables escales à Paris, Rome, Beyrouth, Téhéran, Karachi, Calcutta, c’était le paradis. Sans parler du temps gagné. Et pour Malko, chaque minute qui passait était précieuse.
Il avait beau être chouchouté par Karin qui lui apportait sa vodka favorite, une couverture pour ses pieds, un masque de repos pour pouvoir dormir, il n’arrivait pas à oublier les horribles documents qu’on lui avait montrés à Washington.
Il y eut un choc imperceptible : les cent cinquante tonnes du DC-8 venaient de toucher la piste. Malko eut un petit pincement de cœur en voyant des bombardiers Bison à l’étoile rouge. Le DC-8 stoppa à côté d’un énorme quadriréacteur russe, le nouvel Iliouchine 112. C’était si facile de venir en Russie maintenant.
Il n’était quand même pas tranquille en tendant son passeport au milicien en casquette verte qui confisquait provisoirement toutes les pièces d’identité des passagers. Son regard doré croisa celui du Russe et il sortit.
Une grande fille blonde de l’Aéroflot, avec un chignon blond et un tailleur bleu guidait les passagers vers le petit bâtiment où un grand calicot annonçait en anglais « Bienvenue à Tachkent ». De puissants projecteurs éclairaient des rangées d’appareils de l’Aéroflot.
L’aérogare était vieillotte et laide. Au premier étage, une énorme mémère, sortie tout droit d’un roman de Dostoïevsky servait du thé et il y avait même un free-shop où tous les prix étaient en dollars. À se demander pourquoi la C.I.A. et le K.G.B. existaient encore.
