Jim Stanford avait guidé ses premiers pas et l’avait conseillé pour ses premières missions. Ils s’écrivaient de temps à autre et se retrouvaient toujours avec plaisir, réunis par une sorte de complicité. Ils étaient tous les deux de la même race. Indépendants et épris d’aventure.

Ce n’était pas un espion professionnel, mais un des derniers grands aventuriers. D’ailleurs, la guerre terminée, il n’avait pas regagné les U.S.A., avait épousé une Thaï ravissante et s’était établi marchand de soie thaï à Bangkok, spécialité où il avait très vite dépassé les autochtones. Grâce en partie aux contacts qu’il avait gardés dans la population locale.

Sa maison, à Bangkok était devenue une sorte de musée d’art thaï et khmer, une merveille que les antiquaires du monde entier visitaient avec ravissement.

Jim Stanford.

Malko ferma les yeux et revit en imagination sa haute silhouette mince, ses cheveux argentés et son air perpétuellement moqueur. Il l’avait revu deux ans auparavant, à New York. Jim était venu avec l’intention de monter un magasin à New York. Il avait renoncé, effrayé par le rythme de la ville et avait repris l’avion pour sa Thaïlande qu’il adorait. Avant, il avait déjeuné avec Malko dans un petit bistrot de la 42e Rue possédant une terrasse, chose rarissime à New York. Il semblait heureux et détendu.

— Les affaires, c’est amusant aussi, avait-il confié à Malko. Pour moi, le Renseignement c’est fini. Je pantoufle.

Malko avait levé les yeux sur David Wise.

— Qu’est-il arrivé à Jim Stanford ?

— Il a disparu. Il est sorti de chez lui un matin, comme d’habitude, après avoir embrassé sa femme, pour une promenade, et on ne l’a jamais revu. On a seulement retrouvé sa voiture. En parfait état. À cent vingt-cinq kilomètres de Bangkok. Depuis, plus rien. Pas de demande de rançon, pas de corps retrouvé, la police locale n’y comprend rien.



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