Dans le Renseignement, une disparition, ce n’est jamais un bon signe. Pourtant, bizarrement, il n’était pas inquiet. Il n’arrivait pas à imaginer qu’il puisse arriver quelque chose à Jim Stanford, l’indestructible. Apparemment Jim n’avait pas complètement pantouflé. Cette disparition sentait le coup tordu, très barbouze. Quand on a été dans cet engrenage-là, on n’en sort jamais tout à fait, qu’on le veuille ou non. Même si on vend de la soie.

— Cela vous ennuierait d’aller faire un tour à Bangkok ? avait demandé poliment David Wise.

De quoi faire sursauter Malko.

— En Thaïlande, il y a des tas de gens là-bas, avait-il protesté. Beaucoup mieux placés que moi. C’est une histoire locale. Il faut des informations sur place, des contacts. Le bureau de Bangkok est beaucoup mieux placé que moi, non ?

— Non.

À travers le bureau, David Wise avait tendu un paquet de photos à Malko.

— Regardez.

Malko avait failli les laisser tomber. Puis, fasciné d’horreur, les avait examinées attentivement. Elles représentaient toutes la même chose. Le corps d’une femme d’une cinquantaine d’années, étendu sur le carrelage d’une cuisine, dans une mare de sang. Les blessures étaient affreuses, la tête à demi détachée du tronc, le dos et les jambes profondément entaillés. Malko ferma les yeux devant le cliché représentant ce qui avait été le visage. Insoutenable. La dernière photo représentait une hache, un vulgaire instrument à manche de bois. On y distinguait encore les taches de sang. Écœuré, Malko reposa les photos.

— Qui est-ce ?

David Wise était resté impassible.

— La sœur de Jim Stanford. Elle a été assassinée il y a quarante-huit heures. Trois jours après la disparition de son frère. Sans aucun motif apparent. Le bungalow où elle demeurait à Pacific Palisades, dans la banlieue de Los Angeles, n’a même pas été fouillé. Elle vivait seule L’assassin ou les assassins n’ont laissé aucune trace.



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