
Et ce n’était qu’un breakfast ! Goinfré de caviar, il abandonna sur le bord de son assiette les smôegasbrod de hareng fumé et de saumon.
La Scandinavian ne plaisantait pas. On aurait cru un petit déjeuner de boyard, chez Maxim’s à la belle époque. Il fallait bien que le métier d’espion ait des contreparties. Et Malko aimait bien vivre. Il ne savait jamais si la femme qu’il embrassait ne serait pas la dernière ou s’il aurait le temps de digérer son ultime repas.
Pendant que le DC-8 filait à neuf cent soixante à l’heure au-dessus de l’Inde, il s’assoupit. Il sentit les douces mains de Karin qui déployaient une couverture sur ses genoux et il plongea dans le néant. Le caviar avait eu raison de ses angoisses.
Lorsqu’il se réveilla, il crut rêver. Une Asiatique moulée dans un long sari orange, somptueux et pudique, avec un chignon compliqué, et d’immenses yeux bridés s’inclinait devant lui avec un plateau chargé de petites serviettes brûlantes.
— Nous allons arriver à Bangkok, dit en anglais impeccable la ravissante apparition. Voulez-vous vous détendre ?
C’était la surprise de la Scandinavian : une hôtesse thaï entrait en service sur le dernier tronçon du Transasian. Pour familiariser les voyageurs avec l’Extrême-Orient.
Malko se pencha par le hublot : en dessous, la jungle épaisse des collines de Birmanie s’étendait à perte de vue, avec çà et là le ruban argenté d’une rivière. L’immense appareil descendait doucement. Ils atterriraient à Bangkok à dix heures du matin comme prévu.
Il alla se raser et se rafraîchir le visage à l’eau de Cologne. Puis, il mit ses lunettes noires. Ni par coquetterie, ni par crainte du soleil, mais pour dissimuler ses yeux d’or. Une coulée de métal liquide difficile à oublier. Détail ennuyeux pour un agent secret.
Dans un impeccable kiss-landing, le DC-8 toucha la piste de l’aéroport de Don-Muang.
