
L’hôtesse annonça :
— Nous venons d’atterrir à Bangkok. Il est dix heures cinq, heure locale. Les Scandinavian Airlines vous souhaitent un bon séjour…
En dépit de l’heure matinale, il faisait déjà mortellement chaud. Un groupe d’Hindous en souffrance dans l’aéroport regarda les nouveaux arrivants d’un œil terne.
Un Convair 850 des Cathay Airlines décolla dans un bruit de tonnerre.
Un panneau annonçait dans le hall « Bienvenue pour l’année du tourisme. » Ironie muette pour Malko. À tout hasard il avait apporté sa Samsonite à double-fond contenant le pistolet automatique extraplat dont il ne se séparait pas en mission. Une arme qu’on pouvait porter sous un smoking sans avoir l’air d’un voyou. Mais dont il avait horreur de se servir.
Personne ne l’attendait. Plus prudent. La douane passée, il hésita une seconde au milieu des chauffeurs de taxis qui se battaient pour le conduire en ville. Il choisit le moins sale, discuta pour la forme, obtint un rabais de vingt bahts et grimpa.
Jusqu’à Bangkok, la route filait toute droite, entre deux rizières. Çà et là, des Thaïs à demi nus pataugeaient dans la boue noirâtre au milieu des buffles, à la recherche d’on ne sait quoi.
Bangkok. Malko n’y était jamais venu, mais avait entendu les récits émerveillés des agents qui y étaient allés. Un paradis pour les hommes, disait-on.
En attendant, le paysage était plat et morne. Ils croisèrent un gros camion-citerne qui avait raté un pont et gisait, les pneus en l’air, dans la vase d’un khlong
Puis un jeune bonze drapé dans une robe safran, sa besace à l’épaule, traversa la route et le chauffeur freina brutalement. Les Thaïs sont très pieux et les bonzes en profitent : trente mille bonzes pour une population de trente millions.
Le taxi mit près d’une heure à atteindre les faubourgs de Bangkok. La circulation se fit plus dense et devint très vite inextricable. Bangkok était une ville sale, animée et incroyablement étalée : toujours les mêmes interminables avenues aux noms imprononçables coupées de rond-points, où le magma des véhicules atteignait des sommets jamais vus par Malko : une femme enceinte dans un taxi avait le temps de mettre au monde, non un enfant mais des quintuplés.
