
Air America grouillait comme une ruche. À travers des portes vitrées, Malko aperçut des secrétaires en train de taper comme des folles et des gens penchés sur d’immenses cartes. On se serait cru dans une vraie compagnie aérienne. Sauf les gorilles de l’entrée.
Le colonel Walter White attendait Malko derrière son bureau. Un géant avec des cheveux en brosse et des mains énormes, en civil. Précaution totalement inutile. White était si imprégné de West Point qu’il avait l’air d’un militaire, même nu comme un ver.
De plus, un gaillard de un mètre quatre-vingt-dix, blond aux yeux bleus ne passe pas tellement inaperçu dans un pays où les hommes ont un mètre soixante en moyenne.
Il se fendit d’un sourire presque chaleureux et d’une énergique poignée de main.
— Bienvenue à Bangkok, fit-il d’une voix caverneuse. J’espère que vous avez fait bon voyage.
Il n’avait pas refermé la bouche qu’il se plia en deux avec une grimace de douleur, la main gauche crispée sur l’estomac comme si cet effort d’amabilité l’avait épuisé. Malko s’assit et lui jeta un regard inquiet.
— Saloperie de pays, grogna White. On a encore dû me faire bouffer du poison…
Depuis deux ans, le colonel White menait une lutte inégale et sans espoir contre ses trois ennemis qui étaient dans l’ordre : la dysenterie, les moustiques et les communistes. Sa dysenterie permanente était célèbre dans toute l’Asie du Sud-Est. Il avait pratiquement essayé tous les remèdes européens et chinois, sans aucun résultat.
La C.I.A. lui avait confié l’antenne de Bangkok car son travail relevait plus de la lutte antiguérilla dont il était spécialiste que du Renseignement proprement dit. Mais White comptait les jours qui le séparaient de son retour en Caroline du Nord. S’il avait pu il aurait vécu dans une cage de verre désinfectée.
