
Pour l’instant, Malko respectait sa douleur. Effondré dans son fauteuil, le colonel égrenait d’horribles jurons, les deux mains crispées sur la ceinture de son pantalon. Afin de meubler la conversation Malko tendit la main vers un tas de petites boîtes noires posées en tas sur le bureau.
— Qu’est-ce que c’est, Colonel ?
— Des radios, grommela White entre deux jurons. Les Chinois les filent aux gens d’ici. Elles ne prennent qu’un seul poste : Pékin. Alors, on les leur rachète. Un dollar pièce. Quand on en a mille, on va les foutre à la mer. Voilà à quoi je sers…
— Intéressant, fit Malko.
White revenait à la vie. Il se redressa et ses petits yeux gris fixèrent Malko sans aménité :
— À propos, qu’est-ce que vous venez foutre à Bangkok ? On m’a bien envoyé un télex pour vous annoncer, mais sans précision.
— Je viens m’occuper de l’affaire Jim Stanford, dit Malko. Essayer de le retrouver.
White secoua la tête avec commisération et prit l’air totalement dégoûté :
— Ah ! les c… Je leur ai dit et redit qu’il était mort et enterré. Mais évidemment toutes ces têtes d’œuf de Washington se croient très fortes. Eh bien, retrouvez-le.
Il prit une cigarette Khong-tip, sa seule concession à la couleur locale et l’alluma sans en offrir à Malko. Après avoir soufflé une bouffée, il fit, un peu plus calme :
— Je me demande vraiment pourquoi ils vous ont envoyé ici. Il n’y a plus rien à faire. Jim Stanford est mort, probablement découpé en morceaux ou dépecé vivant comme ces salopards en ont l’habitude.
— Comment le savez-vous ? demanda doucement Malko.
White le foudroya du regard :
— Deux ans que je suis dans ce pays pour mon malheur. Avant, le Vietnam. Je connais leurs méthodes.
