— Le colonel permet tout ce que vous voulez, Tippy. Désormais, pour les jours à venir, vous vous occuperez exclusivement de notre ami le prince Malko. D’ailleurs, je suis sûr que vous vous entendrez très bien, fit-il avec un clin d’œil. Tippy aime beaucoup les Occidentaux bien qu’elle refuse obstinément d’en goûter, hein, Tippy ?

— Oui, colonel, zézaya Tippy.

Malko surprit son regard et comprit soudain pourquoi de temps en temps les Asiatiques s’amusaient à dépouiller vivants quelques Américains…

Il prit congé de White et précéda la jeune fille hors du bureau. Au passage, elle ramassa un sac Hermès en crocodile qui valait dix ans de salaire d’un huissier, et montra à Malko le chemin de l’ascenseur. Pendant qu’ils descendaient dans la cabine, Malko crut devoir préciser :

— Ne voyez surtout aucune arrière-pensée dans mon invitation, mademoiselle. Je suis à Bangkok pour travailler et je ne m’attendais pas à ce que le colonel White me donne une collaboratrice aussi agréable.

La jeune fille sourit.

— Le colonel sait que je suis vierge et cela l’agace beaucoup, dit-elle avec simplicité. Il me présente à tous ses amis de passage dans l’espoir de voir évoluer cet état qui le désole.

Malko ne savait plus où se mettre. Thépin Radjburi parlait parfaitement l’anglais, son accent se confondant avec son zozotement, et ne paraissait pas dépourvue d’humour.

Il se gratta la gorge.

— Si vous permettez, je vous appellerai Thépin. C’est plus joli que Tippy.

— Si vous voulez, répondit la jeune fille en sortant de l’ascenseur.

Mais, à quelque chose d’imperceptible, il sut qu’il avait marqué un point.

Ils sortirent dans Silom Road. Malko hésita sur le trottoir. Le quartier semblait franchement mal famé avec tous les bars aux enseignes en anglais. Thépin l’observait du coin de l’œil, attendant sagement qu’il se décidât.

C’était presque trop beau pour être vrai, cette soumission. Malko regarda le grand restaurant chinois à la vitrine rouge qui se trouvait juste en face de l’immeuble de la C.I.A.



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