Il mit sa grosse main sur l’épaule de Malko.

— Son vrai nom est Thépin Radjburi. Elle connaît beaucoup de gens à Bangkok. J’espère que vous vous entendrez bien.

Thépin Radjburi était cassée en deux devant Malko, saluant à l’ancienne mode. Pendant un instant, il ne vit que ses longs cheveux d’un noir bleuté tombant sur ses épaules. Puis il reçut le choc de son visage, subitement animé par une redoutable lueur d’intelligence amusée.

— Sawadee ka, gazouilla-t-elle. Je suis extrêmement honorée.

Elle avait un cheveu sur la langue et zozotait délicieusement. Elle resta en face de Malko, le buste légèrement incliné, la bouche entrouverte sur des dents impeccables, les yeux baissés.

Jamais une femme n’avait accueilli Malko aussi cérémonieusement.

Il ne voulut pas être en reste de politesse. S’avançant, il s’empara de la main droite de la jeune fille et lui baisa le bout des doigts, misant sur son ignorance des usages mondains qui veulent qu’on ne baise pas la main d’une jeune fille. Elle eut un imperceptible mouvement de recul et laissa filtrer un regard étonné à travers ses paupières à demi closes. À la C.I.A. on ne devait pas souvent lui baiser la main. Avec les durs du Colonel White, c’était plutôt la main aux fesses. Malko se demanda ce que faisait dans cet antre de barbouzes cet objet délicat.

Maintenant, les mains croisées sur la poitrine, elle attendait, très esclave soumise. Mais ses yeux ne quittaient pas Malko, le disséquant tranquillement, centimètre par centimètre.

— Voulez-vous accepter de déjeuner avec moi ? demanda-t-il très civilement. Je suis nouveau dans cette ville et un peu perdu.

La jeune fille glissa un coup d’œil au colonel White.

— Si le colonel le permet, fit-elle avec son adorable zozotement.

White eut un rire un peu vulgaire :



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