
Zigzaguant entre les tombes, Pong Punnak courait, plié en deux, s’attendant à chaque seconde à sentir l’acier du poignard lui transpercer le dos.
Aucun des deux hommes ne vit une silhouette décharnée émerger lentement d’un bouquet d’arbustes, en bordure du cimetière. Un vieux Thaï, sec comme un coup de trique, la tête abritée par un chapeau de latanier dépenaillé, vêtu d’une vieille robe de bronze. Le cri du lézard l’avait arraché à sa sieste.
Curieusement, il contemplait la poursuite. Il ne se passait jamais rien dans le cimetière qu’il était chargé d’entretenir contre un salaire dérisoire qu’on lui versait un an sur deux. Ce qui était quand même une bonne affaire car sa seule activité consistait à avoir défriché un coin entre deux tombes pour y planter un peu de pavot qu’il vendait aux paysans de la vallée.
Il vit les trois hommes debout près de la grosse jonque et décida d’aller s’informer.
* * *
Le poursuivant de Pong Punnak était plus rapide que lui. Parvenu presque au bout du cimetière, le Thaï se retourna et aperçut la chemise blanche à dix mètres derrière lui. Il n’aurait jamais le temps d’embarquer. Pris de panique, il plongea la main sous sa veste, pour prendre son colt cobra 38.
Ses doigts rencontrèrent un étui de cuir vide. Le pistolet avait dû tomber lorsqu’il était accroupi derrière la tombe. Affolé, il franchit d’un bond le dernier talus et enfonça dans le sable jusqu’aux chevilles. Encore à quatre pattes, il ressentit une douleur brûlante au côté, en même temps qu’un choc : la lame triangulaire d’un poignard venait de s’enfoncer dans son côté droit. Heureusement, en tombant, il bouscula son adversaire, plus léger que lui. Il y eut quelques secondes de lutte silencieuse, puis Pong, galvanisé par la terreur, prit le dessus. À toute volée, il envoya une manchette qui toucha l’autre à la gorge. L’homme à la chemise blanche dont les lunettes noires avaient volé plus loin, lâcha prise avec un hoquet.
