— Voilà, dit Malko tristement. Il y a neuf chances sur dix que ce bonhomme ait assisté à la disparition de Jim Stanford. Nous savons au moins qu’il y a eu violence. Ce pauvre type en avait trop vu.

Des larmes brillaient dans les yeux de Thépin. Elle murmura d’une voix grave, étranglée par l’émotion.

— Oui… c’est horrible.

Malko demanda à la jeune fille :

— Comment se fait-il qu’on n’aie pas découvert plus tôt ce cadavre ?

Thépin hocha la tête.

— Personne ne vient jamais ici. Il a fallu que le corps commençât à sentir pour que les vautours le découvrent. Nous-mêmes nous avions cherché sans rien trouver.

Évidemment. Mais la police thaï ne semblait pas s’être beaucoup penchée sur la disparition de Jim Stanford…

— Nous partons maintenant ? demanda Thépin. Il y avait un peu d’angoisse dans sa voix.

— Attendez un moment, demanda Malko.

Face au pont, il réfléchissait. Les Japonais l’avaient construit à l’endroit où la rivière Kwaï était la plus étroite, une centaine de mètres. Après, autour de l’île, elle s’élargissait et coulait majestueusement. Quel drame s’était passé ici, quelques jours plus tôt ?

Bien qu’il eût découvert le cadavre du gardien, Malko n’avait plus envie de quitter ce cimetière.

Comme s’il restait encore quelque chose à trouver.

Lentement, il se remit à parcourir les allées, scrutant avec une nouvelle attention les petits parallélépipèdes de pierre blanche avec leurs inscriptions. Sagement, Thépin suivait sans mot dire. De temps à autre Malko écartait la branche d’un flamboyant pour regarder le sol, cherchant il ne savait quoi. D’ailleurs, ce cimetière ressemblait plus à un jardin tropical qu’à une nécropole. Les flamboyants, les orchidées, les magnolias lui donnaient un air de fête. Sur la rive gauche, un paysan passa, poussant devant lui une douzaine de buffles. Le soleil commençait à descendre derrière les collines. Dans une heure la vallée de la rivière Kwaï serait dans l’obscurité.



40 из 200