— Allons-y, dit Malko. La nuit tombe.

Ils retrouvèrent les deux pêcheurs, traversèrent la rivière et regagnèrent la voiture… Maintenant, le ciel était rouge sang.

— Mais pourquoi diable travaillez-vous à la C.I.A. ? demanda soudain Malko. Ce n’est pas une situation pour une jeune fille…

— Mon père est un homme politique important, expliqua Thépin. Il connaissait des militaires américains qui avaient besoin de quelqu’un de sûr. Et cela m’amusait.

De nouveau, ce fut la savane et les rizières. Thépin conduisait plus calmement et Malko s’assoupit. Il rouvrit l’œil devant l’immeuble de la BOAC. L’Érawan était en face. Il remarqua que Thépin conduisait pieds nus. Sa jupe s’était encore relevée mais elle ne la rabaissa pas. Sa pudeur était décidément à éclipse.

— Voulez-vous prendre un verre à la piscine ? offrit Malko.

— Non, je ne veux pas me compromettre avec vous, dit Thépin. C’est un hôtel, ici. On croirait que je sors d’une chambre avec vous.

Voyant qu’elle avait blessé Malko, elle ajouta rapidement :

— Mais j’espère que j’aurai la joie de vous avoir chez moi comme invité.

Malko s’étira hors de la voiture. Il n’en pouvait plus. La chaleur et le manque de sommeil. Plus la sensation d’être totalement inutile, de se battre contre du caoutchouc. Il semblait être le seul à s’intéresser au sort de Jim Stanford, avec David Wise.

Il prit la main de Thépin et la baisa :

— J’aimerais aller rendre visite à Mme Stanford demain matin, voulez-vous me piloter ?

— Bien sûr. Je passerai vous prendre ici, vers dix heures.

Il regarda la voiture démarrer et entra dans le hall rêvant d’un lit comme un chien rêve à un os. L’hôtesse de service était encore plus jolie que celle du matin, moulée dans un sarong violet. Sans le mystère Stanford, la Thaïlande eût été la plus agréable des escales.



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