À se demander si le sort du perroquet ne lui importait pas plus que son mari.

— Ne voyez-vous rien dans la vie de votre mari, demanda-t-il, qui ait pu provoquer une disparition brutale ? Cela peut vous sembler déplacé, mais tout est possible. Une fugue, par exemple ?

Mme Stanford ne cilla pas.

— C’est complètement exclu, dit-elle d’une voix égale. Jim avait une vie sans histoire et sans mystère, je vous l’ai dit. Il avait près de cinquante ans, vous savez…

Malko eut envie de dire « justement ». Ce n’eut pas été diplomate.

— Je crois que Jim est mort, conclut Mme Stanford. C’est terrible, mais il faut regarder la vérité en face. Peut-être même ne retrouvera-t-on jamais son corps.

Malko leva la tête : les yeux en amande étaient plongés dans ses yeux dorés, avec une expression indéfinissable. Quelque chose dans l’attitude de son hôtesse avait changé. Sans qu’elle ait bougé d’un centimètre. Un abandon imperceptible détendait son corps. La ligne des cuisses moulées par le chong-seam semblait frémir tout en restant immobile. Le perroquet voleta lourdement jusqu’au fond de la pièce et ne bougea plus.

L’atmosphère de la pièce silencieuse s’était chargée d’électricité. Tout à coup, Malko fut certain que cette femme mentait. Qu’en ce moment elle était prête à n’importe quoi pour détourner son esprit de ce qui l’avait amené là. Qu’elle s’offrait avec infiniment de réserve et d’intelligence, mais qu’elle s’offrait quand même. Apparemment sans raison. Il y eut quelques secondes de tension muette, puis elle se leva, avec beaucoup de grâce. Les yeux noirs traversèrent Malko d’un regard aigu.

— Je suis à votre disposition, prince Malko. Mais je dois m’occuper des affaires de mon mari. Avertissez-moi, si vous apprenez quelque chose.

L’entretien était terminé. Malko s’inclina sur la main de sa belle hôtesse, notant la minceur des hanches, avec deux os qui saillaient légèrement sous la soie. Un parfum très discret émanait de tout son corps. Il se demanda ce qui pouvait faire vibrer une telle femme.



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