
— Les gens viennent ici pour obtenir la fécondité ou la puissance sexuelle, expliqua Thépin. Ils prient et, si le résultat est obtenu, ils déposent un ex-voto, fait de leur main.
Le saint Christophe de l’amour, en somme. La jeune Thaï croisa le regard des yeux dorés et rougit tout à coup :
— Vous avez été bien long, dit-elle très vite.
— Pour vous laisser le temps de prier…
— Je n’ai pas de vœux à faire, fit-elle un peu sèchement.
Ils regagnèrent la Mercedes sans autres commentaires.
— Je vais aller me reposer un peu à l’hôtel, suggéra Malko. J’ai besoin de réfléchir.
La jeune fille le raccompagna à l’Érawan. Avant de le quitter, elle proposa :
— Voulez-vous venir prendre un verre à la maison, tout à l’heure ? J’enverrai mon chauffeur vous chercher pour vous éviter de prendre un taxi.
Malko accepta avec plaisir. Il la regarda partir du perron de l’Érawan. Dès que la Mercedes eut disparu dans Radjadamri, il appela un taxi :
— 126, Plœnchitr Road ? demanda-t-il.
C’était à cinq cents mètres après le Cinéma Siam, mais il n’avait pas envie de marcher. Le colonel White lui avait ménagé une entrevue avec son homologue de la Sécurité thaï, le colonel Makassar.
Le taxi le déposa devant un bâtiment moderne, entouré de vieilles maisons de bois. De l’extérieur, on ne pouvait rien deviner. Cela ressemblait à n’importe quelle administration. Mais le hall grouillait littéralement de policiers en tenue, avec casquette à l’américaine, toujours aussi filiformes, un colt qui paraissait trop grand pour eux au côté. Dès que Malko eut prononcé le nom du colonel Makassar, les visages se détendirent. Un planton téléphona puis fit signe à Malko de le suivre, le long d’un long couloir sale. Toutes les portes étaient fermées, sans aucune indication.
Le guide de Malko frappa à une porte, s’effaça pour le laisser entrer et referma derrière lui. La pièce était minuscule, avec des tas de dossiers dans un coin et un vieil appareil d’air conditionné Carrier qui faisait un bruit d’enfer, accroché tant bien que mal à l’unique fenêtre.
