
Le colonel Makassar se leva pour tendre à Malko, par-dessus le bureau, une main molle comme une méduse.
C’était un homme petit et boulot, avec une tête curieuse pour un Thaï. Les cheveux rasés comme un bonze, de grandes oreilles décollées, une large bouche au pli volontaire et des yeux noirs, surmontés d’épais sourcils. Deux auréoles de transpiration maculaient sa chemise aux aisselles et son pantalon tire-bouchonnait sur ses mocassins tressés.
Il dévisageait Malko avec insistance, comme s’il avait voulu le photographier mentalement. Chose qui devait être déjà faite si ses services fonctionnaient bien.
Malko s’assit sur une chaise de bois qui avait dû connaître bien des interrogatoires.
— Le colonel White m’a expliqué le but de votre visite à Bangkok, attaqua le colonel Makassar dans un anglais parfait. Je vous souhaite la bienvenue dans notre pays. Bien entendu, la mission que vous a confiée votre gouvernement ne peut être qu’un travail de renseignements officieux. Il n’est pas question qu’un agent étranger puisse opérer sur le territoire thaïlandais.
— Il n’en est pas question, souligna Malko.
Air America et Design Thaï ne se livraient bien entendu qu’à des activités absolument normales, telles que la guérilla, le bombardement léger et l’assassinat politique. Commencée sous de tels auspices, la conversation ne pouvait qu’être fructueuse.
— Je suppose, colonel, demanda Malko, que vos services se sont déjà préoccupés de la disparition de Jim Stanford.
Le colonel Makassar leva les yeux au ciel :
— Hélas ! non, cher monsieur. Ce n’est pas une affaire de mon ressort. Mais notre police d’État a suivi le cas. Sans résultat d’ailleurs. Je me suis fait communiquer le dossier sur la demande du colonel White. D’ailleurs, le voici si vous voulez le parcourir.
