Ses mains tremblaient tellement qu’il mit bien une minute à trouver le contact et à démarrer.

La Datsun s’ébranla. Affalé sur le volant, son mouchoir pressé contre sa blessure, Pong conduisait d’une main. Des lueurs fulgurantes passaient devant ses yeux. Et le sang continuait à couler le long de sa jambe. Il eut un sanglot en pensant aux cent vingt-cinq kilomètres de route jusqu’à Bangkok. Il n’y arriverait jamais.

Un quart d’heure plus tard, il passa un hameau. Inutile de stopper. Il n’y aurait ni médecin, ni téléphone. Et ses poursuivants l’y retrouveraient facilement.

La route sinuait entre des collines couvertes de jungle, suivant le lit de la rivière. Impossible de voir s’il était suivi. Le Thaï négociait virage après virage, faisant hoqueter son moteur, ne changeant plus de vitesse, hypnotisé par le ruban goudronné qui se tordait devant ses yeux. Il n’avait plus mal, mais le bas de son corps était complètement engourdi maintenant. Il n’osait pas toucher à sa blessure. Soudain, sans transition, la jungle disparut pour faire place à une savane plate entrecoupée de rizières. La route quittait la vallée de la rivière Kwaï qui continuait au sud, vers la Malaisie. Le paysage ne changerait plus jusqu’à Bangkok. Encore cent kilomètres.

À demi-inconscient, Pong évita de justesse un gros camion chargé de bambous. Maintenant la route était toute droite. Il jeta un coup d’œil dans le rétroviseur et aperçut un point dans le lointain. Une autre voiture.

Le sang battait dans ses tempes de plus en plus fort. La Datsun zigzaguait dangereusement d’un côté de la route à l’autre. Dans son demi-délire, Pong Punnak distingua un écriteau planté au bord de la route : Kanchanaburi, 1 kilomètre.

C’était un gros bourg où il y avait le téléphone. La Datsun s’engagea dans la rue principale, écrasée de chaleur.



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