Il n’y avait personne en vue. Pong Punnak ralentit devant une épicerie-restaurant chinoise, cherchant un téléphone. Il eut la force de stopper et d’appeler. Un gamin tout nu s’approcha :

— Téléphone, balbutia le Thaï.

Le petit désigna le mur, derrière le comptoir encombré de fruits tropicaux, de bananes et de bouteille de Coca-Cola, et s’enfuit en courant dans l’arrière-boutique.

Maintenant, il était sûr qu’il ne parviendrait jamais à Bangkok.

Il eut du mal à se décoller de son siège : le sang avait coulé, collant le tergal de son pantalon au plastique et formait maintenant une tache obscène et énorme sur ses fesses. Les quatre pas qui le séparaient du téléphone lui parurent interminables. De la main gauche, il s’accrocha au récepteur pendant qu’il cherchait dans sa poche une pièce de deux bahts. Mais ce n’était pas un taxiphone, il suffisait de décrocher et d’appeler Tinter.

Pong Punnak décrocha et composa le 110.

Par chance, l’opératrice vint en ligne immédiatement. D’une voix hachée, il donna le numéro qu’il voulait.

— Vite, murmura-t-il, je suis blessé. Vous me faites passer avant tout le monde. Djing-djing.

— Djing-djing, assura l’opératrice.

L’oreille collée à l’écouteur, Pong écoutait les craquements de la ligne et les efforts de la fille pour avoir le 32341 à Bangkok.

Une éternité. Appelé par le gosse, le Chinois était accouru de son arrière-boutique et regardait craintivement cet homme aux vêtements pleins de sang, les cheveux dans la figure, cramponné à son téléphone.

— Voilà votre numéro, annonça triomphalement l’opératrice à Pong Punnak.

Il ouvrait la bouche pour parler quand il entendit la sonnerie « occupé ». Ne voulant pas y croire, il s’accrocha, fit « Allô ! allô ! » Gentiment l’opératrice expliqua :

— Je vais vous rappeler. Vous êtes le 16 à Kanchanaburi, n’est-ce pas ?



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