
Mais Pong Punnak n’entendait que le bourdonnement monotone de la sonnerie. Il ne prêta même pas attention au claquement de portière, derrière lui. Le Chinois voulut crier, mais il pensa à sa famille. D’un pas leste, il disparut, entraînant son petit-fils.
Dans le central de New Road, à Bangkok, miss Petti Udorn entendit un cri étouffé qui lui glaça le sang.
— Monsieur, monsieur, voilà votre numéro, il est libre maintenant. Parlez, supplia-t-elle.
À cent kilomètres de là, Pong Punnak était en train de mourir, la lame triangulaire du poignard lui déchirant le cœur.
Le tueur à la chemise blanche retira sa lame et la replongea un peu plus bas, avec un frisson voluptueux. Le corps de Pong Punnak, secoué des fibrillations de l’agonie n’offrait plus aucune résistance. Pourtant, l’autre continua à frapper, empêchant le corps de tomber complètement.
Enfin, il retourna le corps, serrant sa victime à la gorge de la main gauche et plongea sa lame juste au-dessus du nombril. Puis il accompagna le corps jusqu’au sol, fouillant la blessure d’un mouvement circulaire du poignet.
Quand le cadavre fut étendu sur le dos, derrière le comptoir, l’homme en chemise blanche se pencha et lacéra encore le visage de plusieurs coups, arrachant presque un œil. Il regrettait que l’autre soit mort trop vite. Il aurait aimé le punir encore plus d’avoir osé vomir sur lui.
En partant, il lui envoya un coup de pied et méchamment éventra un sac de riz. Puis il raccrocha le téléphone et regarda autour de lui.
La rue et l’épicerie étaient désertes. Il revint au corps et le fouilla rapidement, puis il repoussa le cadavre rondelet et se redressa.
Derrière ses lunettes noires dont un verre était fêlé, le regard de l’assassin était impénétrable. Sans se presser, il remit son arme dans une gaine de cuir attachée à son mollet droit, sortit de la boutique et remonta dans la vieille voiture américaine arrêtée derrière la Datsun de Pong Punnak. Puis il démarra en direction de Bangkok.
