
Reflechissant plus vite, l'ordinateur a pris une bonne avance.
La mouche tournoie. Elle profite de l'immense plafond de la salle pour faire des loopings vertigineux qui la rapprochent chaque fois un peu plus de l'echiquier.
L'homme entend la mouche.
Rester concentre. Surtout rester bien concentre.
La mouche revient.
L'homme essaie de ne pas se laisser perturber.
Bien regarder le jeu.
L'echiquier. L'?il de l'humain. Derriere: le nerf optique. L'aire visuelle du lobe occipital. Le cortex.
Dans la matiere grise du joueur, c'est le branle-bas de combat. Des millions de neurones sont actives. Sur toute leur longueur, de minuscules decharges electriques fusent puis lachent leurs neuromediateurs aux extremites. Cela genere de la pensee rapide et intense. Des idees galopent telles des centaines de souris affolees dans l'immense grenier labyrinthique de son cerveau. Comparaison de la situation actuelle des pieces a celle de parties passees, victoires et defaites. Inventaire des coups futurs probables. L'influx repart en sens inverse.
Le cortex. La moelle epiniere. Le nerf du muscle du doigt. L'echiquier de bois.
L'homme degage son roi blanc. Ce dernier est temporairement sauve.
Deep Blue IV resserre l'iris du diaphragme de sa camera video.
«Fonction analyse. Demarrage. Calcul.»
L'echiquier. L'objectif de la camera video de l'ordinateur. Derriere: le cable optique. La carte mere. La puce centrale.
A l'interieur de la puce informatique: une ville tentaculaire remplie de microscopiques avenues de cuivre, d'or et d'argent au milieu de buildings en silicium. Les influx electriques circulent dans tous les sens comme des voitures pressees.
