
Lord Byron entendait stimuler le penchant de Liberté pour les démarches épicuriennes et acharnées. Les idées les plus irrégulières pullulaient dans son cerveau britannique. Lui montrait-il l'astronomie ? Il la faisait aussitôt roupiller le jour et étudier la nuit, le museau tourné vers le firmament. Byron l'installait alors à ses côtés, dans un hamac biplace relié par de longues pailles à des bouteilles de grands crus de Bordeaux ; ou bien il lui bandait les yeux pour qu'elle voûtât en elle son propre ciel. Exploraient-ils ensemble les mathématiques ? Il s'attardait sur l'énigme du zéro, se prélassait avec elle dans la notion d'infini pendant que deux Chinoises leur massaient la plante des pieds avec des huiles opiacées. Ivre d'audaces, il lui transmit la passion de vadrouiller au plus obscur d'elle-même, le goût de s'aventurer en gondole plutôt que de caboter dans des amours balisées. Quitter le connu lui paraissait le début de l'art de vivre. Homme sans ambition sociale, Lord Byron entendait faire de sa fille son chef-d'œuvre.
Pourtant, Lawrence avait goûté à tous les miels de la reconnaissance, abusé des confitures de la vanité. Sa destinée était de celles que seule la réalité sait imaginer. Pianiste hors pair - élève choyé de Glenn Gould, - il avait pendant dix ans subjugué et agacé l'univers des musicologues ; puis, à vingt-huit ans, fatigué de son génie, bâillant devant ses succès, il avait délaissé le piano pour se vouer au golf. Cinq ans plus tard, Byron était devenu le premier joueur mondial de cette discipline dont il se désintéressa aussitôt pour retraduire en anglais moderne l'œuvre de Platon, afin de se dégoûter du grec ancien. Avide d'excès, il fut en 1967 le premier entêté à traverser l'Atlantique à la nage ; victoire que ce malabar distingué fêta à Long Island en dégustant un modeste fromage, succulent, qu'il se fit préparer avec du lait de paysanne mexicaine. Cette provenance garantissait l'excellence de ce subtil fromage de femme.