Les femmes frigides n'étaient pas reçues chez elle ; elle n'aimait que les ardentes qui font des dépenses folles de voluptés. Voltaire, son maître en agréments, eût été fou de ses fringales géantes et de ses goûts fantasques. Liberté se délectait d'un massage à six mains, sirotait des alcools sucrés rehaussés d'un doigt de Chanel n° 5, vivait de champagne, mordait dans tous les raffinements. Tout ce qui n'était pas immédiat lui paraissait interminable. Le plaisir était sa frénésie, la rapidité son tempo. Sans s'essouffler, elle bondissait vers ses appétits, voulait posséder chaque seconde.

Pourtant, à dix-huit ans, Liberté n'avait connu aucune de ces embardées ordinaires où le cœur s'essaie, où le corps s'étrenne. Au lycée Biaise Pascal, à Clermont-Ferrand, sa beauté paraissait perdue pour tous les garçons. Parmi les élèves d'hypokhâgne, personne n'expliquait sa retenue, sa façon singulière d'avoir son âge qui lui valait un sobriquet : Mademoiselle Liberté.Tous s'étonnaient qu'elle ne consommât pas l'amour en vrac, à l'instar de ses contemporains. Avide de carburant très pur, cette fille recalcitrait à fonctionner à l'ordinaire.

À la vérité, l'éducation de Liberté avait aiguisé son goût pour les émotions entières. Enfant, elle avait toujours eu besoin de pousser son caractère à son comble. Son père, prodigieusement anglais, l'avait élevée dans des songes à peine croyables. Lui verser dans l'esprit le snobisme de la perfection occupait la retraite de ce descendant direct de Lord Byron. Virtuose en tout, cet aristocrate bouillant avait horreur de la félicité béate des tièdes, des demi-satisfactions qui contentent les êtres flous. Tout à peu près l'écœurait.

Plutôt que de scolariser sa fille - sur des bancs où l'on aurait pu tempérer ses dispositions ou amollir ses appétences, - Lawrence Byron avait résolu de lui enseigner lui-même tout ce qu'il savait. Riche, jouissant d'une culture perfectionnée, l'énergumène était en mesure de s'adonner à ce sport de l'esprit.



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