
Le logement de fonction des Tonnerre, au lycée, devint le dernier asile des cuistres, des tartufes au petit pied et des opportunistes mielleux. Tous ces inutiles qui sont les viscères d'une ville venaient exhiber leurs mines réjouies sous des lustres Napoléon III. Le couple envié n'ameutait dans son salon que des niais titrés, des pharmaciens aux groins fangeux, friands d'affaires ordurières, des notaires craints et tout un troupeau d'oies ; les gens d'esprit n'étaient pas réinvités. Grouper autour de lui un carrousel de sastisfaits et des idées rassurantes enchantait Horace. La totalité des parvenus que lui indiquait le Bottin mondain du Puy-de-Dôme se pressait sur ses sofas. Bien sûr, ce n'était pas lui qui leur tapait dans le dos ; ce n'était que son apparence. S'il leur servait du Champagne, il ne s'offrait pas.
Ses seules activités récréatives étaient de lutiner les épouses de ces réussites régionales, de rendre cocus les arrivés qui triomphaient à Clermont-Ferrand. Chaque coup tiré dédommageait Horace de ses efforts de cabotinage. Sans qu'une rougeur lui monte, il troussait la moitié de ses plus intimes relations, comme le font la plupart des gens vulgaires ; et il ne s'en méprisait que davantage. Au moins cette indignation-là était-elle colossale, infinie même, bref à sa taille. Haïssant sa personne, conspirant contre lui-même, Horace savourait son abaissement, ce ratage qui atteignait au chef-d'œuvre. Sans cesse, en écrivant son journal intime, il se diffamait, se salissait en des termes crapuleux qui eussent fait pâlir des militaires.
