Dans cette retraite active, Horace se révéla étonnant, en ce sens qu'il parvint à devenir presque gris, quasiment janséniste, ce qui n'était pas un mince effort pour un homme jadis coloré, tout en débordements. Son ambition à rebours le calmait. Au lieu de se distinguer, il résorbait chaque jour sa singularité, s'efforçait de synthétiser tous les traits des gens ennuyeux. Imbu de sa nouvelle nullité, il se confina de plus en plus dans son métier.

Au lycée, Horace traitait en un style pontifiant des vétilles réglementaires, sévissait contre le personnel gaspilleux, s'acharnait sur les élèves hâbleurs, tançait les esprits libres assez odieux pour lui rappeler sa vraie nature. Seuls les châtrés aux bulletins moyens, les inodores et les somnolents avaient grâce à ses yeux. Chatouilleux, il poursuivait de son ironie les éléments qui se signalaient par des défauts trop éclatants, cassait net les éminents à coups de notes éliminatoires. Les grandes qualités l'exaspéraient. À l'abattoir le talent !

Sa physionomie s'en trouva modifiée, à un degré exceptionnel. Horace briocha un peu, quitta complètement ses mines de matamore, dissipa le débraillé de son apparence pour se raidir dans des attitudes artistement composées. Méticuleux, il remisa ses vestes en cachemire pour s'offrir des complets de tergal, troqua ses chaussettes en fil d'Ecosse contre de la socquette blanche à revers ou à liséré. Tel un anglican amidonné, Horace bridait désormais ses moindres mouvements. Avec passion, il s'appliquait à restreindre sa vie, étranglait sa fantaisie et supprima de son aspect le plus minuscule relief. Lisse comme un con, il était. Le mérite lui en revenait. Quel travail ! Admirable de constance.

Croyant bien faire, Horace faisait mal ; car on n'éteint pas le soleil. Les êtres gigantesques ne peuvent se vaincre eux-mêmes que par l'ambition, pas en asphyxiant leur vitalité. Ce forcené déguisé en assuré social, ce faussaire auvergnat ne pouvait se médiocriser longtemps. Il fallait bien que l'uniforme craque, tôt ou tard.



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