Malko ne fit que parcourir les deux autres textes. Ils étaient sensiblement identiques, à un détail près : Eliahu Kohn, de Haïffa, jurait avoir assisté à l’exécution de la photo. « Jamais je n’oublierai l’air cynique du Scharführer Guern, alors qu’il abattait ces malheureux d’un coup de parabellum dans la nuque. Il leur avait même refusé le droit de dire la prière des morts, le Khaddish. Que Dieu le punisse ! »

Le troisième témoignage était signé de Salomon Wolff, de Tel-Aviv, également, et corroborait les deux précédents. Les trois hommes précisaient que Rudi Guern portait toujours des lunettes.

— Alors, fit l’inconnu, ce sont aussi des faux ? Vous pouvez vérifier que ces trois personnes existent bien, qu’elles vous ont reconnu, en vous rendant en Israël. Mais ce serait un peu dangereux, n’est-ce pas, dans votre position ? Ces trois hommes sont parmi les quarante rescapés de Treblinka. Car il y en eut.

« Ils vous ont reconnu tous les trois et sont prêts à prêter serment devant un tribunal. Qu’avez-vous à dire à cela, Herr Guern ?

— Que je ne suis pas Rudi Guern, fit Malko. En dépit des « preuves » que vous avez accumulées contre moi, j’ignore encore comment je suis victime d’une machination que je ne comprends pas encore. Mais je peux prouver facilement que je suis le prince Malko Linge et que je n’ai jamais eu aucun contact avec la SS et à plus forte raison avec les camps de concentration. D’ailleurs il doit exister des empreintes digitales de ce Rudi, de vraies photos, un dossier.

L’inconnu se permit un des petits ricanements dont il était coutumier :

— Vous êtes le seul à ignorer que les archives de la SS ont disparu en 1945. Et que beaucoup d’officiels allemands ne collaborent pas avec enthousiasme à la recherche des criminels de guerre. C’est étonnant le nombre de dossiers qui ont pu être égarés et détruits. Non. Herr Guern, je suis fier de dire que cette photo est la seule connue de vous. Je me suis renseigné auprès de l’Association internationale des déportés et prisonniers.



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