
Malko reposa la photo.
Le SS au luger avait son visage. C’était lui, vingt ans plus tôt ; avec quelques rides en moins. Il avait d’ailleurs peu changé. La casquette cachait l’implantation des cheveux. La photo en noir et blanc était d’assez mauvaise qualité, mais il était quand même nettement reconnaissable. Même stature, même corpulence, traits identiques. Il sentit sa raison vaciller.
Le document ne portait aucun signe particulier. Le papier était de l’alfa, utilisé couramment en Allemagne.
— Nous avons eu beaucoup de mal à retrouver ce document, souligna son interlocuteur d’une voix douce. Il a été pris par un de vos amis de l’époque. Plus tard, saisi par le remords, il l’a fait parvenir à nos services, afin que le criminel pût être châtié…
Malko jeta la photo sur le lit, et dit d’une voix blanche :
— Cette photo ne veut rien dire. C’est un habile truquage. Jamais je n’ai participé à une exécution quelconque. Jamais, je n’ai été SS.
— Mais vous vous reconnaissez bien ? insista l’homme avec une note amusée dans la voix. C’est bien vous ?
Malko ne savait plus que penser. Ce document était hallucinant. Personne n’hésiterait à le reconnaître. On ne peut pas se grimer au point de ressembler à quelqu’un à ce point-là.
— On dirait mon sosie, répondit-il. Mais ce n’est pas moi. Je vous le jure.
L’autre secoua la tête :
— Herr Guern, regardez donc les autres documents. Peut-être abandonnerez-vous votre stupide système de défense et pourrons-nous enfin parler raisonnablement…
Malko sortit une liasse de papiers dactylographiés, rédigés en allemand et commença à lire.
Le premier document était signé Simon Goldberg, joaillier à Tel-Aviv. Le signataire reconnaissait formellement sur la photo décrite le Scharführer Rudi Guern. assistant au camp N°1 de Treblinka, connu chez les détenus pour son application à liquider les déportés. Il élevait l’espoir que le criminel puisse enfin être châtié et précisait que soixante-sept membres de sa famille avaient péri dans les camps de concentration nazis.
