L’autre eut un sourire ironique, et désigna la porte du canon de son pistolet :

— Mais vous êtes absolument libre, Herr Guern. Nous ne sommes pas des assassins, nous. La petite correction que vous avez reçue n’était destinée qu’à vous mettre dans de bonnes dispositions pour m’écouter. Cependant je ne pense pas que vous profiterez longtemps du soleil de New York si vous n’écoutez pas mon histoire jusqu’au bout.

» Puisque vous désirez savoir mon identité, je vais vous la donner.

Il se redressa imperceptiblement sur sa chaise pour dire :

— Je suis le capitaine Pavel Andropov, des Services de renseignements de l’Armée soviétique, attaché au Troisième bureau.

Cette fois, Malko en resta bouche bée. Les Services de renseignements de l’Armée rouge, c’était le GRU, émule du KGB. Organisme qui comptait de nombreux succès à son tableau de chasse. Richard Sorge, par exemple, qui espionna les Japonais et les Allemands, et finit pendu à Tokyo après avoir aidé les Russes à gagner la guerre.

Mais que faisait un capitaine des Services spéciaux soviétiques à New York ? Il fallait que le Russe soit totalement sûr de lui pour se découvrir ainsi. Ce n’était pas tellement dans la manière des Soviétiques d’annoncer ainsi la couleur. Bien que le nom et le rang soient très certainement faux.

« Sale truc, se dit Malko. Très sale truc. »

— Je suis peut-être en posture difficile, fit-il à haute voix, capitaine, mais j’en dirai autant de vous. Vous êtes un espion étranger sur ce territoire, il me semble ?

— Ne soyez pas enfantin, grommela Pavel Andropov. Il faudrait que quelqu’un me dénonce. Ce ne sera pas vous. En dépit de votre appartenance à la CIA.

Malko était en train de se demander si son interlocuteur avait un poste officiel à l’ambassade russe, à la délégation aux Nations Unies ou à l’Agence TASS ; ou si c’était un des nombreux « illégaux » entrés clandestinement aux USA avec une fausse identité, comme le fameux colonel Abel.



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