Malko, assis sur le bord du lit, profita du moment où son interlocuteur reprenait son souffle pour dire d’un ton conciliant :

— Il y a certainement un Rudi Guern qui a commis tous ces crimes, mais ce n’est pas moi. Je peux facilement le prouver. D’ailleurs, ajouta-t-il, pour impressionner son interlocuteur, je travaille pour les Services de renseignements américains. Si vous appartenez à une organisation officielle, il vous sera facile d’en avoir la confirmation.

Cette fois, l’homme se permit un sourire narquois.

— Je sais tout cela, Herr Guern. Vous êtes très fort. Mais les Services de renseignements de la République de Bonn sont aussi infestés d’anciens nazis…

— Mais enfin…

— Je crois que vous aurez beaucoup de mal à prouver que vous n’êtes pas Rudi Guern, conclut l’inconnu presque tristement. J’ai des preuves irréfutables.

Malko frappa le drap du plat de la main, ivre de rage.

— Des preuves ! Mais quelles preuves pouvez-vous avoir ?

Le canon du pistolet s’avança vers la poitrine de Malko comme un doigt accusateur.

— Vous !

Il sentit une sueur glaciale s’insinuer le long de sa colonne vertébrale : il avait sûrement affaire à un fou dangereux.

— Levez-vous, enlevez votre chemise, fit l’inconnu, et suivez-moi.

— Où voulez-vous al… protesta Malko.

— Nous n’allons pas loin.

Il obéit, en prenant bien soin de ne pas faire de mouvements brusques. L’autre lui désigna la porte de la salle de bains. Il semblait connaître parfaitement l’appartement.

— Entrez et allumez.

Malko éprouva le second choc de la journée : la salle de bains était vide comme le plat de la main. Plus une seule affaire de Sabrina. Il s’arrêta devant la glace qui lui renvoya l’image de ses cheveux en bataille, du sang séché et de la grosse croûte rouge au-dessus de l’œil gauche.



7 из 210