
Il s'habillait, grognon. Pourquoi, les nuits d'hiver, quand on le réveillait ainsi, le café avait-il un goût particulier ? L'odeur de l'appartement était différente aussi, lui rappelait la maison de ses parents quand il se levait à cinq heures et demie du matin.
— Tu appelles le bureau pour qu'on t'envoie une voiture ?
Non ! S'il arrivait là-bas avec une auto du quai, il risquait qu'on lui réclame des comptes.
— Téléphone à la station de taxis...
On ne lui rembourserait pas la course, à moins que, si meurtre il y avait, il ne découvre l'assassin dans un délai très bref. On ne remboursait plus les taxis qu'en cas de succès. Encore fallait-il prouver qu'on n'aurait pas pu se rendre autrement sur les lieux.
Sa femme lui tendait une grosse écharpe de laine.
— Tu as tes gants ?
Il fouillait les poches de son pardessus.
— Tu ne veux pas manger un morceau ?
Il n'avait pas faim. Il semblait bouder et pourtant, au fond, c'étaient des moments qu'il aimait bien, peut-être ceux qu'il regretterait le plus une fois à la retraite.
Il descendait l'escalier, trouvait un taxi à la porte, avec de la vapeur blanche qui sortait du pot d'échappement.
— Au bois de Boulogne... Vous connaissez la route des Poteaux ?
— Ce serait malheureux que je ne la connaisse pas, après trente-cinq ans de métier...
C'est ainsi, en somme, que les anciens se consolaient de leur vieillissement.
Les banquettes étaient glacées, On ne rencontra que quelques voitures, des autobus vides qui se dirigeaient vers leur tête de ligne. Les premiers bars n'étaient pas encore éclairés. Aux Champs-Élysées, des femmes de ménage nettoyaient les bureaux.
— Encore une fille qui s'est fait descendre ?
