
— Je ne sais pas... Je ne crois pas...
— Je me disais bien qu'elle n'aurait pas trouvé beaucoup de clients au Bois par un temps pareil.
Sa pipe aussi avait un autre goût. Il enfonçait les mains dans les poches, calculait qu'il y avait au moins trois mois qu'il n'avait rencontré Fumel et qu'il connaissait celui-ci depuis... à peu près depuis sa propre entrée dans la police, à l'époque où il travaillait dans un commissariat de quartier.
Fumel était déjà laid et, déjà, on le plaignait tout en se moquant de lui, d'abord parce que ses parents avaient eu l'idée de l'appeler Aristide, ensuite parce que, malgré son physique, il avait perpétuellement des drames de cœur.
Il s'était marié et sa femme, après un an, était partie sans laisser d'adresse. Il avait remué ciel et terre pour la retrouver. Pendant des années, son signalement avait été dans la poche de tous les policiers et de tous les gendarmes de France et Fumel se précipitait à la morgue chaque fois qu'on repêchait dans la Seine un cadavre de sexe féminin.
C'était passé à l'état de légende.
— On ne m'ôtera pas de la tête qu'il lui est arrivé malheur et que c'est à moi qu'on en voulait...
Un de ses yeux était fixe, plus clair que l'autre, presque transparent, ce qui rendait son regard gênant.
— Je l'aimerai toute ma vie... Et je sais qu'un jour je la retrouverai...
Avait-il encore le même espoir, à cinquante et un ans ? Cela ne l'empêchait pas, périodiquement, de tomber amoureux et le sort continuait à s'acharner sur lui, car chacune de ses aventures entraînait des complications invraisemblables et finissait mal.
On l'avait même, avec toutes les apparences de la raison, accusé de proxénétisme, à cause d'une garce qui se moquait de lui, et il avait évité de justesse d'être rayé des cadres de la police,
Comment s'y prenait-il, si naïf et si maladroit en ce qui le concernait, pour être cependant un des meilleurs inspecteurs de Paris ?
