«Un moment, s’exclama ce dernier. Je suis poète. Pour vousremercier, je vais vous lire un poème.

— Alors, qu’il soit court, car je suis pressé »,répond le voyageur. Le mendiant rétorque :

«Si vous êtes toujours en vie, c’est que vous n’êtes pasencore arrivé là où vous deviez arriver. »

 

LE DISCIPLE dità son maître :

« J’ai passé une grande partie de la journée à penser àdes choses auxquelles je ne devrais pas penser, à désirer des choses que je ne devraispas désirer, à caresser des projets que je ne devrais pas caresser. »

Le maître proposa à son disciple une promenade dans la forêtderrière chez lui. En chemin, il lui désigna du doigt une plante et lui demandas’il en connaissait le nom.

«La belladone, répondit le disciple. Elle peut tuer celuiqui en mange les feuilles.

— Mais elle ne peut pas tuer celui qui se contente del’observer, répliqua le maître. De même, les désirs négatifs ne peuvent vouscauser aucun mal si vous ne vous laissez pas séduire par eux. »

 

ENTRE LA FRANCEet l’Espagne se dresse une chaîne de montagnes. Là-haut se trouve un villagenommé Argelès. Dans ce village passe un sentier qui mène à la vallée.

Tous les après-midi, un vieillard gravit et descend cettepente. Lorsque le voyageur s’est rendu à Argelès pour la première fois, il nel’a pas remarqué. A sa seconde visite, il s’est aperçu qu’un homme croisaitsans cesse son chemin. Et, chaque fois qu’il se rendait dans ce village, ilnotait de nouveaux détail – ses vêtements, son béret, sa canne, ses lunettes.Aujourd’hui, lorsqu’il pense à ce village, il pense aussi au vieil homme, bienque celui-ci ne le sache pas.

Le voyageur ne lui a parlé qu’en une occasion. Voulantplaisanter, il lui a demandé : « Est-ce que Dieu vit dans ces bellesmontagnes qui nous entourent ?



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