
— Dieu vit, a répondu le vieux, là où on Le laisseentrer. »
LE MAITREréunit un soir ses disciples et leur demanda d’allumer un grand feu autourduquel ils pourraient s’asseoir et bavarder.
«Le chemin spirituel est à l’image du feu qui brûle devantnous, dit-il. L’homme désireux de l’allumer doit s’accommoder des désagrémentsde la fumée qui nous fait suffoquer et monter les larmes aux yeux. Lareconquête de la foi passe par là.
« Mais, une fois que le feu crépite, la fumée disparaîtet les flammes illuminent tout autour de nous, apportant la chaleur et la paix.
— Et si quelqu’un allumait le feu pour nous ?demanda l’un des disciples. Et s’il nous permettait d’éviter la fumée ?
— Celui-là serait un faux maître. Il pourrait emporterle feu là où il en aurait envie, ou l’éteindre à sa guise ; mais,puisqu’il n’aurait appris à personne à l’allumer, il serait capable de laissertout le monde dans l’obscurité. »
UNE FEMME pritses trois enfants et décida d’aller vivre dans une petite ferme au fin fond duCanada. Elle voulait se consacrer exclusivement à la contemplation spirituelle.
En moins d’un an, elle tomba amoureuse, se remaria, acquitles techniques de méditation des saints, se battit afin de trouver une écolepour ses enfants, se fit des amis, se fit des ennemis, négligea de se soignerles dents, eut un abcès, fit de l’auto-stop en pleine tempête de neige, apprità réparer sa voiture, à remettre en état les canalisations gelées, connut desfins de mois difficiles, vécut des allocations de chômage, dormit sanschauffage, rit sans raison, pleura de désespoir, construisit une chapelle, fitdes réparations dans sa maison, dont elle peignit les murs, donna des cours decontemplation spirituelle.
« J’ai fini par comprendre qu’une vie de prièren’implique pas l’isolement, dit-elle. L’amour de Dieu est si vaste qu’il abesoin d’être partagé. »
