Bernard Clavel

Malataverne

Créateurs de livrels indépendants.

v. 5.0

PREMIÈRE PARTIE

1

À la limite du Bois Noir, Christophe s'arrêta. Sans se retourner, le corps incliné et le cou tendu en avant, il fit un geste rapide de sa main ouverte. Les deux autres s'étaient déjà immobilisés à quelques pas derrière lui. Retenant leur souffle, ils écoutaient, sans quitter des yeux sa silhouette qui se détachait sur le ciel encore clair.

Le chemin des Froids était là, tout de suite après les derniers baliveaux. Se haussant sur la pointe des pieds, Robert aperçut la ligne sombre des murgers qui bordent le clos des Bouvier. Il voulut se pencher vers la gauche pour regarder en direction de la maison, mais son pied porta sur une branche morte. Dans le silence, le craquement sembla courir très loin, rejeté de tronc en tronc, escaladant la colline jusqu'au fond du bois.

- Tu es marteau! souffla Serge.

Christophe s'était retourné. Il se rapprocha sans bruit.

- C'est une branche, murmura Robert.

- Faut faire gaffe, mon vieux, expliqua Christophe; quand tout est calme comme ce soir, les bruits portent loin.

Il s'était assis sur ses talons, au pied d'un hêtre. Serge et Robert s'accroupirent à côté de lui. Ils demeurèrent ainsi un long moment à écouter la nuit, à regarder dans la direction du verger où l'ombre sortait de la terre, noyant le coteau et gagnant peu à peu le bas du ciel.

Dans toute la vallée, la vie du jour s'était endormie et celle de la nuit s'éveillait lentement. Pour l'instant, seul le bourdonnement des trois cascades de l'Orgeole montait jusque-là. Arrivant entre les arbres, il semblait un murmure du bois; comme une plainte étouffée.



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