Sur l'autre versant, les terres cultivées et les prés jaunis gardaient encore un reste de jour, une vague rousseur qui flottait par places entre les touffes noires des genêts. La route se dessinait à peine.

À mi-hauteur entre le grand tournant et les bois du sommet, la lampe s'alluma dans la cour de la ferme Ferry. Tout autour, la nuit s'épaissit, et l'autre versant fut bientôt aussi sombre que le Bois Noir et les terres du bas-fond.

- Je crois qu'on devrait y aller, murmura Serge.

Christophe se leva, fouilla l'ombre du regard en direction du chemin, puis, se penchant vers eux, il expliqua:

- On va ramper jusqu'au chemin. Là, on remontera un peu. Une fois au tournant, on peut voir la baraque. Si la lucarne de l'écurie est éclairée, c'est le moment d'y aller. Tant qu'ils seront en train de traire, on est tranquille.

- Tu es bien certain qu'ils vont traire tous les deux? demanda Robert.

- Tu me prends pour qui? Quand je me renseigne, moi, c'est du travail sérieux!

- Et le chien?

Serge intervint. Sans trop hausser le ton, mais hargneux malgré tout, il lança:

- Si tu mouilles, on ne t'oblige pas à nous suivre!

Plus calme, Christophe ajouta:

- D'ailleurs, leur chien est toujours attaché, tu le sais aussi bien que nous. Le tout, c'est qu'il ne gueule pas.

Il se mit à avancer sur les mains et les genoux, s'arrêtant à chaque instant. Serge le suivait, puis Robert.

Arrivés au bord du talus, ils firent une pause plus longue. Le chemin était à deux mètres à peine en contrebas. Malgré l'ombre des pierrailles coiffées de murgers, Robert distinguait nettement les deux lignes noires des ornières qui se perdaient sur la gauche, à l'endroit où la roche affleure.

- Vous allez regarder comment je m'y prends, murmura Christophe, et tâchez de ne pas faire trop de boucan, à présent, on n'est pas loin. Et surtout, passez bien au même endroit que moi.



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