
– Hazel, je te présente mademoiselle Chavaigne, qui est la meilleure infirmière de l'hôpital de Nœud. Sois aimable avec elle.
Les draps ne manifestèrent aucune réaction.
– Bon. J'ai l'impression qu'elle nous joue l'effarouchée. Mademoiselle, je vais vous laisser seule avec ma pupille pour que vous puissiez faire sa connaissance. N'ayez crainte, elle est inoffensive. Vous me rejoindrez au fumoir quand vous aurez fini.
Le Capitaine quitta la pièce. On entendit l'escalier grincer sous ses pieds. Quand le silence fut rétabli, Françoise s'approcha du lit et tendit la main pour soulever l'édredon. Elle s'arrêta au dernier instant.
– Pardonnez-moi. Puis-je vous demander de sortir des draps? dit-elle d'une voix neutre, préférant traiter celle qu'on lui disait malade comme une personne normale.
Il n'y eut pas de réponse, à peine un frémissement sous la couette, mais quelques secondes plus tard une tête émergea.
Au fumoir, le vieil homme buvait du calvados qui lui brûlait la gorge. «Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu'un sans lui faire de mal? Pourquoi est-il impossible d'aimer quelqu'un sans le détruire? Pourvu que l'infirmière ne comprenne pas… J'espère que je ne devrai pas éliminer cette Mlle Chavaigne. Elle m'a l'air très bien.»
Quand Françoise découvrit le visage de la jeune fille, elle ressentit un choc d'une violence extrême. Fidèle aux instructions qu'elle avait reçues, elle n'en laissa rien paraître.
– Bonjour. Je m'appelle Françoise.
La figure sortie des draps la dévorait des yeux avec une curiosité effrayante.
L'infirmière eut du mal à conserver son air indifférent. Elle posa sa main froide sur le front de la malade: il était brûlant.
– Comment vous sentez-vous? demanda-t-elle.
Une voix fraîche comme une source lui répondit:
