
– Il est vraiment très malade, madame.
– Cela n'empêche pas. Tâchez de ne pas vous faire épouser, je vous en prie. Je ne voudrais pas perdre ma meilleure infirmière.
La nuit, dans son lit, Françoise eut du mal à trouver le sommeil. Que pouvait-il se passer sur cette île? Il lui paraissait clair qu'il y avait quelque chose d'étrange entre le vieillard et la jeune fille. Il n'était pas impossible que ce lien fût de nature sexuelle, même si l'homme semblait avoir dépassé depuis longtemps l'âge de ce genre de comportement.
Cela ne suffisait pas à expliquer le mystère. Car enfin, s'ils couchaient ensemble, ce n'était peut-être pas du meilleur goût, mais ce n'était pas un crime: Hazel était majeure et il n'y avait pas de consanguinité. La pupille n'avait pas non plus l'air d'avoir subi des violences physiques. Bref, si l'infirmière pouvait admettre que le Capitaine cachât leur éventuelle liaison, elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi il lui avait adressé des menaces de mort.
Le cas de la jeune fille la surprenait: il la lui avait présentée comme une victime traumatisée et souffreteuse; de fait, elle s'apparentait à ce genre de cas. Mais il y avait aussi en elle une étonnante gaieté, un enthousiasme enfantin qui la réjouissait et lui donnait envie de la revoir.
Françoise se releva pour boire un verre d'eau. Par la fenêtre de sa chambrette, elle avait vue sur la mer nocturne. Elle regarda dans la direction de l'île, invisible à cause de l'obscurité. Elle ressentit une émotion bizarre en se répétant la phrase qu'elle avait dite à la supérieure: «Il y a quelqu'un, là-bas, qui a besoin de moi.»
Elle frémit en repensant au visage de Hazel.
