La Mort bat de ses paupières absentes, règle sa profondeur de champ. Puis il distingue la région herbeuse sur les pentes de la montagne orientées dans le sens direct.

Puis il distingue un certain flanc de colline.

Puis il distingue un champ.

Puis il distingue un jeune garçon qui court.

Puis il regarde.

Puis, d’une voix comme des blocs de plomb lâchés sur du granité, il laisse tomber : « Oui. »


* * *

Indubitablement, il y avait quelque chose de magique dans le sol de cette zone vallonnée, accidentée, qu’on connaissait – à cause de l’étrange coloration que prenait la flore locale – sous le nom de pays de l’herbe octarine. Par exemple, c’était l’une des rares régions du Disque à produire des variétés de plantes rétroannuelles.

Les plantes rétroannuelles sont celles qui poussent à rebrousse-temps. Vous les semez cette année et elles poussent l’année dernière.

La famille de Morty était spécialisée dans la distillation du vin de raisin rétroannuel. Un vin très capiteux et très en demande auprès des diseurs de bonne aventure, puisqu’il permettait évidemment de voir dans l’avenir. Le seul inconvénient, c’est qu’on avait la gueule de bois la veille au matin, et qu’il fallait boire en quantité pour s’en remettre.

Les cultivateurs rétroannuels étaient d’ordinaire des hommes costauds, sérieux, portés sur l’introspection et l’étude vigilante du calendrier. Un fermier qui néglige de semer des graines ordinaires ne perd qu’une récolte, alors que le distrait qui oublie de semer celles d’une récolte déjà faite douze mois plus tôt risque, lui, de flanquer la pagaie dans tout le tissu de causalité, sans parler de la vive honte dont il se couvre.



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