
Une vive honte qu’éprouvaient également les parents de Morty : leur cadet n’était pas du tout sérieux et montrait à peu près autant de dispositions pour l’horticulture qu’une étoile de mer morte. Non pas qu’il refusât d’aider, mais il apportait le genre d’aide brouillonne et enthousiaste que les hommes sérieux apprennent vite à redouter. Une aide vaguement infectieuse, sinon fatale. Grand, roux, taché de son, le jeune homme avait ce type de carcasse qui semble ne répondre que partiellement aux ordres de son propriétaire ; on l’aurait dit formé uniquement de genoux.
Ce jour-là, la carcasse en question parcourait les champs en trombe, en moulinant des bras et en s’égosillant.
Le père et l’oncle de Morty, au désespoir, l’observaient depuis le muret de pierres.
« Ce que j’comprends pas, dit le père Lezek, c’est que les oiseaux s’envolent même pas. Je m’envolerais, moi, si j’voyais ça me foncer dessus.
— Ah. Le corps humain, c’est formidable. J’veux dire, ses jambes s’baladent dans tous les sens, mais il avance vite quand même. »
Morty arriva au bout d’un sillon. Un pigeon ramier suralimenté tangua tranquillement hors de sa trajectoire.
« Il manque pas de cœur, remarque, fit lentement Lezek.
— Ah, dame, c’est le reste qu’il a pas.
— Il salit guère à la maison. Mange pas beaucoup non plus, dit Lezek.
— Non, j’vois ça. »
Lezek regarda du coin de l’œil son frère qui contemplait fixement le ciel. « J’ai entendu dire que t’avais une place à proposer à ta ferme, Hamesh, fit-il.
— Ah. J’ai pris un apprenti, t’savais pas ?
— Ah, dit sombrement Lezek. Ça date de quand ?
— D’hier, mentit son frère avec la rapidité du serpent à sonnettes. Tout est réglé, signé. Je r’grette. Écoute, j’ai rien contre le p’tit Morty, tu comprends, c’est un bon gamin comme on aime à en voir, seulement…
