– Dame! je ne sais. Mais ce que vous me dites là m'arrangerait bien! Si ma pauvre petite Rosette pouvait manger sa faim chez vous pendant la grande sécheresse, je vous réponds que je ne ferais pas la paresseuse pour ça. Sitôt les gazons repoussés dans la montagne, je me remettrais à l'y conduire, je vous dis la vérité.


– Eh bien, laisse-la où elle est, et viens la chercher ce soir.


– Ce soir? oh! nenni! Si les moines la voient, ils la mettront chez eux, en fourrière, et mon grand-oncle sera forcé d'aller la redemander et d'endurer leurs reproches: et moi, il me grondera et me dira que je suis une vilaine comme les autres, ce qui me fera beaucoup de peine.


– Je vois que tu es une enfant bien élevée. Où donc demeure-t-il, ton grand-oncle?


– Là-haut, la plus petite maison à la moitié du ravin. La voyez-vous? celle après les trois gros châtaigniers?


– C'est bien, je te conduirai ton mouton quand il aura assez mangé.


– Mais si les moines vous grondent?


– Ils ne me gronderont pas. Je leur expliquerai leur devoir.


– Vous êtes donc maître chez eux?


– Moi? pas du tout. Je ne suis rien qu'un élève. On m'a confié à eux pour être instruit et pour me préparer à être religieux quand je serai en âge.


– Et quand est-ce que vous serez en âge?


– Dans deux ou trois ans. J'en ai bientôt seize.


– Alors, vous êtes novice, comme on dit?


– Pas encore, je ne suis ici que depuis deux jours.


– C'est donc ça que je ne vous ai jamais vu? Et de quel pays êtes-vous?


– Je suis de ce pays; as-tu entendu parler de la famille et du château de Franqueville?


– Ma foi, non. Je ne connais que le pays de Valcreux. Est-ce que vos parents sont pauvres, pour vous renvoyer comme ça d'avec eux?


– Mes parents sont très riches; mais nous sommes trois enfants, et, comme ils ne veulent pas diviser leur fortune, ils la gardent pour le fils aîné. Ma sœur et moi, nous n'aurons qu'une part une fois faite, pour entrer chacun dans un couvent.



13 из 281