
Cette reproduction devait troubler à jamais un paysan normand que ses vêtements de velours côtelé et ses sabots réduisaient à l'état de serf syndiqué.
« Y a pas d'doute, j'lu ressemb' ! » admit Alexandre-Benoît Bérurier en reprenant sa marche.
* * *Parvenu chez lui, il trouva Berthe, son épouse, sur une table de massage pliante d'où elle débordait en cascades graisseuses. Le masseur, un primate velu, plus proche du paléolithique que de Tony Blair, pétrissait ses festons adipeux au rouleau de caoutchouc. Le kiné geignait, la dame gloussait, l'effort de l'un assurant la félicité de l'autre.
Exténué, le thérapeute cessa de malaxer la région culière de la donzelle afin de décrisper ses doigts.
— Vous pourreriez pas m'pratiquer un' p'tite caresse d'la moniche, m'sieur Hervé ? implora la copieuse personne.
L'interpellé hésita brièvement, puis déclara :
— Auparavant, je boirais volontiers une bière : la minette que je vous ai prodiguée en début de séance m'a donné soif car vous avez le con salé, madame Bérurier.
Elle rit, flattée.
— Allez chercher un' Tuborg à la cuisine, consentit l'hôtesse.
Sur cette émouvante réplique, l'époux pénétra dans la chambre, grave et majestueux.
— Déjà d'retour ! déplora la languide.
Il fit un geste donnant à constater l'indéniabilité de cette remarque.
— Si tu saurais c'qui nous arrive ! soupira l'époux en se déposant dans leur fauteuil voltaire.
— Quoive ? s'inquiéta sa compagne d'existence.
Le kiné réapparaissait, tétant une bouteille au contenu ambré.
— J't'y dirai plus tard, quand m'sieur Hervé t'aura terminée.
