
Il se serait assuré une cour de lévriers afghans, le résultat eût été identique. Privées de sève, les plantes périclitent.
Comme il n'avait rien écrit depuis dix ans, il sentait l'oubli tendre ses rets, aussi décida-t-il de frapper un grand coup en publiant « son » Napoléon, sujet incontournable pour un écrivain à la longue durée littéraire. La biographie de l'Empereur est à l'homme de lettres patenté ce que sont les rhumatismes articulaires au vieillard investi par l'acide urique : un mal auquel on n'échappe pas.
Maître de forges accompli, Titan Ma Gloire se fit organiser un staff opérationnel comprenant un documentaliste pugnace (M. Félix) dont la provende serait mise en forme par un rédacteur habile ; ne resterait plus alors au Glorieux qu'à signer l'ensemble.
Cette mise en place effectuée, nous devons revenir à Galochard dans son costume neuf.
Un taxi frété à la gare le déposa devant le château. Après avoir réglé sa course, le retraité tira la poignée de la cloche. Consécuta un carillon fêlé en harmonie avec la glycine débordante. Le Maître détestait les parlophones qui vous crachent dans les tympans des noms difficiles à saisir. D'ordinaire, la grosse servante martiniquaise accourait avant que les aigres sonorités ne se fussent dissipées mais, dans le cas présent, la façade fin de siècle restait imperturbable.
D'autres sollicitations de la cloche laissant la situation inchangée, Félix prit l'initiative de pousser la grille. Elle s'ouvrit.
Sa vieille serviette sous le bras, râpée tel un cul d'haridelle, il arpenta la centaine de mètres qui le séparaient du perron.
S'approchant, il constata que la double porte munie de verres sertis de plomb se trouvait incomplètement fermée. Il s'en montra surpris, car l'académicien était du genre « barricadé ». Comme la plupart des égoïstes, il aimait interposer une frontière entre l'humanité et sa personne ; tout pleutre se prend pour une proie convoitée.
