Il faut qu'on le voie partout là où il règne.

Lorsque, le samedi 18 janvier, à 16 heures, il arrive à Stuttgart, c'est le roi de Wurtemberg qui l'accueille et lui fait les honneurs du palais royal.

Partout dans les salons, les galeries, des hommes et des femmes courbés, des regards curieux et soumis. Cela suffit. Napoléon ordonne : demain dimanche, il assistera à une représentation théâtrale ; lundi à 8 heures, il chassera dans les forêts proches de Stuttgart, et il souhaite que le roi l'accompagne.

Puis il se retire dans le bureau qu'on lui a préparé. Les courriers de Paris sont arrivés.

Paris, c'est le centre. Tout se décide là-bas. Les victoires qu'il remporte, c'est aussi pour que là-bas on sache qu'il est invincible. Car l'esprit public, à Paris, est volage. Il n'est jamais définitivement conquis.

Napoléon ouvre d'abord les dépêches du ministre de la Police générale.

« Sire, écrit Fouché, Austerlitz a ébranlé la vieille aristocratie. Le faubourg Saint-Germain ne conspire plus. » Les nobles d'Ancien Régime attendent avec impatience le retour de l'Empereur pour se ruer aux Tuileries en solliciteurs. Ils veulent des titres, des places, des honneurs, des bénéfices.

Napoléon replie la lettre de Fouché.

Voilà les hommes tels qu'ils sont. Qui résiste à l'attrait qu'exerce le pouvoir victorieux ?

Le lundi matin, dans les forêts qui bordent le Neckar, il chevauche loin devant le roi de Wurtemberg et les autres cavaliers, chasseurs de la Garde ou nobles conviés à la chasse. La brume glacée et la nuit l'enveloppent, le cheval parfois se cabre. Mais Napoléon tient ferme les rênes et serre les flancs avec ses étriers. Il maîtrise sa monture comme il dompte l'Histoire.



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