À midi, il part pour Karlsruhe, puis il traverse Ettlingen, Rastatt, Lichtenau, et enfin il atteint le Rhin.

Napoléon fait arrêter la berline. Au-delà du fleuve, il aperçoit les lumières de Strasbourg.

Il regarde le fleuve, traînée plus claire dans la nuit. De sa source à son embouchure, le Rhin doit être la frontière de l'Empire, et sur sa rive droite il faut que des États viennent constituer une grande confédération alliée, protégeant l'Empire. À leur tête, il placera des souverains, des princes, dont il sera le protecteur, qui fourniront subsides et troupes, et ainsi se dessineront une nouvelle carte d'Allemagne, un nouveau visage de l'Europe, qui confirmeront ce qu'avait commencé la Révolution et retrouveront les traces de l'empire de Charlemagne.

Il faudra que tous, à Vienne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Londres, à Rome, l'admettent.

« Je suis Charlemagne, l'épée de l'Église, leur Empereur. »

Ce sont les mots qu'il a écrits au pape. Et si Pie VII n'y acquiesce pas : « Je le réduirai à la même condition qu'il était avant Charlemagne. »

Les autres souverains devront se soumettre.

Napoléon remonte dans sa voiture.

À 18 heures, le mercredi 2 janvier 1806, il pénètre dans Strasbourg illuminée. Les soldats qui rendent les honneurs et la foule crient : « Vive l'Empereur ! »

Il descend de voiture. Il entre dans le palais des Rohan où il a séjourné les derniers jours du mois de septembre 1805. Il s'arrête un instant dans la grande galerie où les miroirs renvoient son image.

Il se souvient. Il avait quitté Strasbourg le mardi 1er octobre 1805, après avoir regardé défiler la garde impériale qui, sous l'averse, traversait le Rhin au pont de Kehl, marchant vers l'Allemagne.

À peine un peu plus de trois mois ont passé. Il a brisé la troisième coalition, celle des deux plus puissants États d'Europe. Il s'en convainc une nouvelle fois, il n'est plus seulement l'Empereur des Français. Il est désormais l'Empereur des rois.



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